Tuskaland

Bjorn et Hastein, frères jurés

Hastein est un chef connu. En compagnie d’un chef nommé Bier, il s'empare du Cotentin et vraisemblablement du pays de Léon (Nord Finistère) dès 836. Vers 1170, le chroniqueur normand Robert WACE écrit : « Le Cotentin est détruit et déserté. Valognes ravagé puis brûlée. Hasteinz ravage l'abbaye de Liham (Le Ham). Celle de saint Marcouf est rasée par Hasteinz et Bier. Hasteinz détruit le Château de Chieresborc (Cherbourg) et toutes les îles. » Il est probable, vu les modalités terribles de la prise de Nantes qu'Hastein se trouve à la tête des assaillants. En effet, Hastein s'illustrera à Luna, 859, et Saint Lo, 889 de manière toute aussi sanguinaire. C'est également lui qui mène l'offensive sur la Loire en 855 tandis que Bier dirige l'offensive sur la Seine en 855-858. Bier et Hastein guerroient côte-à-côte. WACE précise d’ailleurs : « Il n’y eut pas de ville prise par Bier et (qui ne fut) ravagée par Hasteinz » 

WACE évoque une réalité bien connue des sagas : les Scandinaves avaient la culture du « binôme », le Forstbrudarlag, la fraternité jurée. Il y a tout lieu de penser que des liens de fraternité jurée unissent les deux hommes. En Scandinavie, et c’était plus vrai encore dans les familles royales, deux hommes pouvaient se choisir pour frères. Ils échangeaient les sangs et se juraient fraternité jusqu’à la mort. Cette « culture du binôme » était passée aux marins normands – et probablement bretons-, puis de là aux Frères de la Côte. Ces textes désignent Hastein comme le frère juré de Bier.

Robert WACE ajoute : « Hasteinz dit qu’il irait à Rome et ferait de Bier son roi. » Guillaume de JUMIEGES4 reprend ce propos : « Hastings, désirant élever son seigneur à une plus haute fortune, commença avec une troupe de complices à viser plus sérieusement au diadème impérial… ces hommes lancèrent leurs voiles sur la mer, résolus d’aller attaquer à l’improviste la ville de Rome et de s’en rendre maîtres. » 

 Ces textes évoquent clairement la relation qui unit les deux hommes. Dans cette relation, Bier est « le seigneur » d’Hastein.