Tuskaland

7 contre-vérités sur le commerçant viking.

1-Les Vikings n’avaient pas d’ambitions commerciales en Occident.

« Les raids des Vikings étaient une autre source de richesse, amenant au Nord non seulement des pièces de monnaie occidentales, mais aussi toutes sortes de biens précieux… soustraits des coffres des église d’Europe occidentale… Les Vikings avaient une propension à attaquer les monastères et les églises qui constituaient des cibles faciles, sans défense » Winroth. p.21.

Anders Winroth oppose les commerçants suédois à l’est qui auraient mis en valeur la route par la Russie aux pirates danois qui se seraient contentés de piller les monastères d’Occident. On est dans la caricature. Certes, on a trouvé beaucoup plus de pièces arabes et franques dans l'île de Gotland qu’au Danemark, mais c’est parce que l’île, particulièrement exposée aux attaques venues de la mer, a incité ses habitants à enterrer leur fortune pour la protéger. Là où il n’y avait pas d’insécurité, on ne trouvera pas de trésors vikings enterrés. L’absence de trésors monétaires enfouis n’est en rien la preuve d’une absence de dynamisme commercial danois. Quant aux pillages de lieux sans défense… Les chutes de Nantes, Paris, Bordeaux, Séville et Constantinople prouvent qu’il s’agit d’un cliché de plus.

 

 

Vikings réalisant un raid dans les îles britanniques

 

Le mythe du pillard de monastères est né dans les îles britanniques durant les premières années des invasions, mais dès l'attaque de 834 contre Dorestad, les invasions changent de dimension.

2-Le Viking était un commerçant de produit de luxe.

« Le bateau viking était impropre au transport de marchandises lourdes en grandes quantités, ce qui condamnait les Scandinaves, en quelque sorte à faire le commerce d’objets de prix en quantités modérées et aisément transportables. » Boyer vie quotidienne, p.162.

Le mythe du viking commerçant produit de luxe est né avec les découvertes des navires de  Gokstad (1880) et Oseberg (1904). Ces bateaux pontés étaient si mal conçus pour le transport de marchandises encombrantes que les archéologues en ont déduit que les hommes du Nord étaient obligés de commercer des produits peu encombrants à forte valeur ajoutée pour rentabiliser leurs voyages commerciaux, des produits de luxe donc. En réalité, les Vikings transportaient vin, céréales, laine, voiles, huile de baleine, minerais de fer, meules, bois de construction, poisson séché ou non, bétail, chevaux et esclaves. Ces produits ne sont pas des produits de luxe, même si certains sont chers.

 

 

Navire d'Oseberg, 1904

 

Le bateau d'Osberg découvert en 1904 et celui de Gokstad découvert en 1880 ont convaincu les histroiens que les bateaux des Vikings n'étaient pas adaptés au commerce. Détail important, ils ont été découverts dans des tombes royales, or on n'enterrait pas des rois dans des bateaux de transport, mais dans des bateaux de prestige.

 

 

3-Les Vikings n’avaient pas les moyens maritimes de la traite des esclaves.

« Avaient-ils des cargaisons humaines à vendre comme esclaves ? Des fois peut-être, mais la logistique impliquée par ce commerce ne peut pas avoir eu beaucoup de sens pour des guerriers du IXe siècle surtout anxieux de leur propre ravitaillement et voyageant sur des bateaux à faible capacité de charge » Janet Nelson., The Oxford illustrated History of the Vikings, p. 29

Janet Nelson avance l’argument naval, celui qui a permis de qualifier les Vikings de commerçants de produits de luxe, pour rejeter la possibilité de la traite des esclaves. Elle considère que les Vikings se sont lancés à l’assaut de l’Europe sans navires de transport capables d'acheminer leur matériel, ravitaillement et butin. C’est un non-sens (Voir 8 contre-vérités sur la navigation viking). Les Vikings mènent des raids en Ecosse d’où ils ramènent 3 000 captifs ! Comment les ramènent-ils si ce n’est en bateau ?

 

 

Esclaves, Varègues et Arabes Russie, Invanov, 1909

 

Cette toile d'Ivanov piente en 1909 évoque la traite des esclaves entre Varègues et "Arabes".  Cette route n'a pas été la plus importante. La route la plus importante était celle qui alimentait à travers les Pyrénées l'émirat de Cordoue, plus grand consommateur d'esclaves d'Europe.

4-La Méditerranée était devenue un cul de sac commercial.

« La conquête de l’Espagne en 711 et, tout de suite après, l’insécurité où vit la côte de Provence, achèvent de rendre absolument impossible toute navigation commerciale dans la Méditerranée occidentale. » Pirenne, Mohammad and Charlemagne, 1937, p.117.

En 1937, Henri Pirenne va théoriser la fermeture méditerranéenne à la suite de l’invasion de l’Espagne par les Arabes en 711. D’après l’auteur, les Européens auraient privilégié la route russe pour leurs échanges avec le monde arabe.  Cette théorie a depuis longtemps été remise en cause notamment par Maurice Lombard qui estime au contraire que la présence arabe a favorisé le développement du commerce en Méditerranée occidentale. Pourtant, malgré cette remise en cause, de nombreux spécialistes des Hommes du Nord (Oxenstiern, Boyer, Winroth) continuent de considérer que les Vikings n’ont pas pu avoir d’ambitions commerciales en Méditerranée et qu’ils sont passés exclusivement par la Russie.

 

 

Henri Pirenne, théoricien de la fermeture méditerranéenne

 

Henri Pirenne (1862-1935), historien belge, théoricien de la fermeture méditerranéenne.

5-Les esclaves passaient par la route terrestre russe pour rejoindre les marchés musulmans.

« De nombreux européens furent vendus à Hedeby au temps des Vikings. Certains furent emmenés plus loin vers le Nord et l’est. Même si beaucoup d’esclaves vivaient et étaient vendus en Europe de l’ouest, les centres de commerce étaient en Europe centrale et orientale ». Winroth,Au temps des Vikings, 2018, p. 140.

Winroth évoque la route par « l’arc russe » seule route praticable après la « fermeture méditerranéenne » théorisée par Pirenne. Après l’abandon de la route du Rhône par les Francs, les esclaves de Gaule seraient passés par Hedeby, Kiev et Constantinople pour rejoindre les marchés aux esclaves musulmans dont le plus important était… Cordoue en Espagne… Cette route multipliant distances, intermédiaires et risques est surréaliste. Le plus simple pour des esclaves venus de Gaule ou des îles britanniques était de rejoindre l’Espagne en franchissant les Pyrénées. Cette route est décrite par l’évêque Agobard de Lyon au IXe siècle et Henri Pirenne lui-même constate son existence. « Ce serait une erreur d’imaginer qu’il y ait eu un quelconque commerce entre Francie et Espagne… La seule importation de Gaule que l’on puisse constater, c’est celle des esclaves amenés par des pirates sans doute et aussi par les Juifs de Verdun. » Pirenne, 1937. Cette traite étant encore active jusqu’en 980, ces « pirates » sont à n’en pas douter des Scandinaves.

 

Commerce viking théorique par la Russie

Comme la plupart des cartes évoquant le monde scandinave, cette carte occulte le sud de l'Europe du schéma commercial européen.

6- La traite des esclaves ne deviendra prépondérante qu'au XIe siècle.

« La capture d’esclaves resta de bout en bout une motivation majeure… Personnellement, nous ne croyons pas à la prépondérance du commerce avant la fin du XIe siècle. » Lucien Musset in Les Scandinaves et l’Europe, 800-1200, Grand Palais 1992. p.88.

 Lucien musset

Lucien Musset ( 1922-2004), historien normand.

 

Dès les premières attaques, les Vikings capturent massivement leurs prisonniers et les ramènent sur les côtes. Cela signifie qu’ils avaient organisé la logistique de l’acheminement des captifs vers des marchés aux esclaves situés hors de la Chrétienté. Les principaux marchés se situaient dans le monde arabe et notamment en Espagne, principal consommateur d’esclaves en Occident. La traite Viking a pris le relais de la traite franque vers la péninsule ibérique qui venait d’être interdite par Louis le Pieux, puis Charles le Chauve. Ce commerce fut au cœur des invasions dès le IXe siècle ! Cependant, Lucien Musset écarte l’idée que le commerce ait pu avoir joué un rôle important avant le Xie siècle…

 

 

7- Les expéditions Vikings en Méditerranée ont été des échecs.

« Quelques raids furent également menés en Espagne et en Méditerranée, cependant ce ne furent pas de grands succès ». John Haywood. p.51.

 

Les Vikings rêvaient de posséder les soieries, les joyaux et les épices en provenance d’Orient, ils ambitionnaient de prendre le contrôle du commerce en Russie, mais ils n’auraient eu aucune ambition commerciale en entrant en Méditerranée en 844, puis en 858 ? Ce ne sont manifestement pas des monastères sans défenses qui les ont attirés. Ils visitent amicalement ou non les plus puissantes cités commerciales de Méditerranée : Séville, Nékur, Palma, Arles, Pise, Constantinople et Alexandrie. Dès 845, l’émir de Cordoue effrayé fait restaurer tous les remparts des cités d’Espagne, fait ériger des forteresses sur les côtes, organise des chantiers navals et met à flot des escadres chargées de surveiller la côte de la Galice à Narbonne… Cela fait beaucoup pour arrêter des « raids sans lendemain ». Leur présence est tellement forte qu’un siècle plus tard, le calife de Cordoue ordonne de construire des navires « ressemblant à ceux des Vikings » pour qu’ils s’en approchent sans méfiance et les surprendre. Les efforts de longue haleine déployés par les Vikings en Méditerranée ne sont pas ceux de pillards, mais ceux de rois de mers cherchant à prendre le contrôle de routes commerciales.

 

Les lions gardant l arsenal de venise se trouvaient autrefois au piree un touriste scandinave y a grave des frises de runes photo j supery

Les lions de l'arsenal de Venise furent pris au Pirée en 1687 par l'homme qui détruisit le Parthénon.. L'un de ceux-ci était gravé de guirlandes de runes tracées par un homme du Nord.  

 

1er août 2018