Tuskaland

TOPONYMIE : Gardague, un nom scandinave à Biarritz ?

La rue Gardague située derrière l'hôtel de Ville de Biarritz porte un nom résolument germanique. Ce nom pourrait être une évolution de vard-haka. Haka, promontoire, comme dans la Pointe du Hoc en Normandie, vard, post de guet, mot qui a donné garde en français. Le "promontoire du poste de guet" porte un autre nom aujourd'hui, le Plateau de l'Atalaye.

 

 

Gardague

 

L'atalaye était le poste de guet des chasseurs de baleine dont les barques étaient échouées en contrebas sur la plage du Port Vieux. A Biarritz, il existait deux communautés villageoises. Les marins au Port Vieux et les agriculteurs autour de l'église Saint Martin. Les premiers étaient gascons, les seconds étaient basques. Biarritz a toujours été un port gascon : pas un des récifs entourant Biarritz ne porte un nom basque. Tous, ils portent des noms gascons. 

Port vieux et gardague

Quant à Biarritz, évolution du basque  bi-arritz ou Miarritze, pourquoi pas ? Mais ce nom pourrait également, comme Gardague, entrer dans une grille de lecture scandinave. Biarritz, anc. Bearis, serait à rapprocher de Bias, anc. Biars Biars et de Beyris, et ferait référence à Bier ou Bear, alias Björn. Quant à Ilbaritz, le village voisin, dont le radical est Ilbar, il pourrait faire référence à Ivar/Ingvar, le propre frère de Björn Ragnarsson. Ce n'est éviemment qu'une hypothèse, mais elle a le mérite d'exister et d'être cohérente avec l'histoire de l'invasion de la Gascogne en 840.

Ragnar présent sur la route de Barcelone ?

Reins, un toponyme de rien du tout, a priori. Un lieudit. Pas même un village. Et pourtant, il est sans doute un des plus significatifs et importants des Pyrénées.  Reins se trouve sur les hauteurs de Foix, en Ariège. Reins pourrait faire allusion à Ragnar, un prénom souvent décliné (Rainier, Reiner, Renard). Cette probabilité est renforcée par un toponyme voisin Raygnac. Rein-hus, la maison de Rein, Rein-haug, la motte/colline de Rein. 

S'agit-il du Ragnar qui prend Paris en 845. Les présences à proximité d'Asgeir (La Graousse, Le Guerrou), Björn (Bernou, Braine) et Hastein (Seignaux, Lestang) semblent le confirmer. La présence des quatre chefs à cet endroit indique que Foix était une place stratégique qui fut conquise avant la mort de Ragnar en 845, probablement lors de l'invasion de la Gascogne en 840. Cette toponymie semble indiquer que Foix aurait été un des objectifs majeurs de l'offensive.

Pourquoi Foix ?

Parce que la cité se trouve au carrefour de deux routes stratégiques. La route nord-sud entre Toulouse et Barcelone et la route est-ouest entre Perpignan et Bayonne. Or, Ragnar cherchait tout à la fois un accès au marché espagnol et à la Méditerranée...

La toponymie environnante indique que ce fut aussi un axe de passage pour les convois d'esclaves se rendant en Espagne, un axe secondaire car l'axe principal semble bien avoir été le Val d'Aran plutôt que le Puymorens.  A Foix, le Terrefort (Traelleborg) ne laisse aucune place au doute. La cité était bien occupée par les hommes du Nord. 

D'autres toponymes révèlent le passage des hommes du Nord : L'Ayroule, Layroule (Harold).

Cette toponymie nous révèle que dès l'invasion de 840, Ragnar et ses hommes savent exactement ce qu'ils veulent. Ce qui permet d'écarter l'image d'Epinal qui nous présente les hommes du Nord comme des bandits de grands chemins, sans organisation ni ambitions.

07 jullet aout 2009 477

Björn Ragnarsson serait-il venu en Aquitaine ?

Beorne

Encore un toponyme qui se trouve là où il ne devrait pas se trouver : sur la pointe de Grave, en Gironde... 

Beorne -trop barbare à prononcer- a disparu et s'écrit désormais Berron. On peut penser que Biron et Brion pourraient être des évolutions de ce même prénom. 

Biarn va évoluer en Biran, Brian, Breillan. Il n'y a qu'au pied des Pyrénées que la prononciation ne sera pas trop "aménagée" puisque Biarn va donner Béarn...

Lesparre Médoc, un port viking?

800px lesparre medoc 1 plus elargi

Lesparre est situé au coeur du Médoc sur la voie romaine menant à Soulac. Ce nom s'orthographiait Sparram. On reconnaît parfaitement le scandinave spar-hamn, le port de l'éperon. Outre que la toponymie médoquine compte de nombreux noms d'origine scandinave, la Pointe de Grave est historiquement connue pour avoir abrité les Hommes du Nord. Si on ajoute que le château se trouve effectivement sur un éperon qui domine le "port" -aujourd'hui disparu- on a suffisamment d'éléments pour donner une légitimité à cette possible origine scandinave. Au moment des invasions vikings, les marais entourant Lesparre constituaient un vaste bassin qui respirait au rythme des marées.

 

Pointe du Vilh, dans l'aber Benoit.

Aber benoit

La Pointe du Vilh porte vraisemblablement un nom d'origine scandinave. Confrontés au mot scandinave vik, golfe, les moines vont latiniser le mot en vicus, ville. 

Le Grand Viel à Noimoutier, Le Grand Village, anc. Le Grand Ville, à Oléron ou encore Vielle-Saint-Girons dans les Landes semblent dériver eux aussi de golfes latinisés.

 

Laroquebrou, un pont Viking dans le Cantal ?

38469636 261935834603763 7441258873018646528 n

Laroquebrou dans le Cantal porte a priori un nom bien français. Pourtant, il ne l'est qu'à moitié.

Ce nom est composé de deux noms accolés. La Roque désigne le château-fort qui surveillait le pont franchissant la Cère, Brou est le nom du quartier du pont.

Or, bro désigne chez les Scandinaves un pont. La présence d’un tel toponyme au cœur du Cantal signifie non seulement que les hommes du Nord sont venus, mais qu’ils ont contrôlé le passage.

A proximité, Renac (Ragnar), Saint-Gérons (Asgeir), Vernis (Björn), Salvanhac (Solbein), Dilhac (Dili), Calvanhac (Kolbein) suggèrent que ce site fut une cible de l’offensive de 844.

Bro va donner d’autres noms en France. Pont Brault (49) et Pont du Brault dans le marais Poitevin pourraient en provenir.

Brouage (17) pourrait provenir de brohaug, la motte du pont.

 

 

Altillac, un Alting scandinave au coeur de la Corrèze ?

38427960 532481357169158 2678956816901079040 n

Altillac, ce village de Corrèze n'a pas d'étymologie connue.

Le site est juché sur une colline abrupte autour de laquelle s'enroule la Dordogne. De manière très intéressante, la colline n'est pas couronnée par un château, mais par une église et son cimetière. Plus étonnant encore, les maisons bâties sur les versants datent des années 1950-1960. Cette urbanisation tardive confirme que ce lieu de réunion était isolé, excentré, à l'écart du village de Beaulieu-s/Dordogne, situé sur la rive opposée.

Cette configuration semble donner corps à l’hypothèse d’une origine scandinave. Altillac correspond phonétiquement à Althing-haug, la colline de l’Althing.

Les Scandinaves se retrouvaient à l’Althing, l’assemblée de tous, où chaque année ils votaient l’impôt, les lois et rendaient la justice. Ce lieu de rencontre était situé dans un lieu pittoresque, plutôt isolé et donc neutre pour les villageois venus de loin.

Ce toponyme pourrait être rapproché phonétiquement d’Autignac (34, 84), Antignac (14, 15, 17, 19, 31, 46), Andignac (81), Lentillac (46, 56), Lentignac (24), Lautignac (31).

Si ces noms sont bien d’origine scandinave, ils devraient désigner des lieux pittoresques -souvent sur une colline- sans aucun intérêt stratégique -donc sans château-fort- et logiquement situés à l’écart des principaux villages de la vallée. Certains sont devenus comme Altillac des villages, d’autres sont restés des lieudits.

Ces toponymes sont a priori révélateurs d'installations coloniales. Evidemment si l'on trouve autour d'autres toponymes entrant dans une grille de lecture scandinave, la probabilité scandinave grandit. Autour d'Altillac, on trouve Astaillac (Hastein-haug), Biars (Bear-hus), Vayrac (Bier-haug), Carennac, Cornac (prénom Karni, à rapprocher de Carnac), Bilhac (Bil-haug, prénom Bili)